DOCUMENTATION
Les polluants organiques persistants (POP)
et la santé des femmes,
un héritage peu enviable
Les polluants organiques persistants (POP), comme certains pesticides:
- s'accumulent dans les espèces vivantes et se concentrent dans le gras de notre organisme notamment dans les seins;
- persistent pendant longtemps dans l'environnement et voyagent loin de leur source d'émission, en général vers les régions polaires;
- peuvent être transmis aux fœtus ou aux nourrissons par le biais du lait maternel;
- sont présents dans une grande variété de produits alimentaires tels que les poissons, le gibier, les produits laitiers, la viande et les œufs;
- nuisent à la santé humaine et à celle d'autres organismes vivants, même à de très faibles doses;
- se retrouvent à divers degrés dans presque tous les organisme vivants du globe.
L'exposition à long terme de la faune et de l'être humain à des POP a été associée à l'apparition d'anomalies sur les systèmes reproducteur, immunitaire, hormonal et nerveux.
Selon la Commission mixte internationale (CMI), une organisation binationale entre le Canada et les États-Unis chargée de surveiller les progrès accomplis pour dépolluer et protéger les Grands Lacs, cette exposition est également associée à un accroissement du nombre de cancers dont le cancer du sein.
Ces substances produiraient également des effets à long terme chez les nouveau-nés et les enfants (ex.: troubles d'apprentissage et de motricité, diminution de la mémoire).
Les femmes seraient particulièrement vulnérables à certains POP qui peuvent être associés à :
- une réduction de la période de lactation chez les mères qui allaitent;
- diverses pathologies dont l'endométriose (désordre gynécologique entraînant la croissance de tissus à l'extérieur de l'utérus et pouvant engendrer l'infertilité et des douleurs importantes).
Dans certaines régions, les femmes sont visées plus spécifiquement par les avis de santé publique portant sur la consommation de produits alimentaires contaminés :
- les services de santé publique du Québec recommandent aux femmes enceintes ou qui allaitent d'éviter certaines espèces de poissons d'eau douce;
- la Commission mixte internationale a recommandé aux gouvernements d'indiquer « en termes clairs que la consommation de poissons des Grands Lacs par des enfants ou des femmes en âge de procréer peut occasionner des malformations congénitales et d'autres graves problèmes de santé »;
- à Swan Hills, les services de santé de l'Alberta ont avisé la population de limiter sa consommation des produits de la faune provenant d'un rayon de 30 km de l'incinérateur de déchets dangereux qui émet des quantités importantes de POP; on recommande aux femmes enceintes et aux enfants de ne pas en consommer du tout.
Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) vise depuis quelques années à réduire ou éliminer, avec un accord international en négociation, la production de douze POP.
Voici les sources d'émission ou d'utilisation de ces substances, surnommées la « douzaine sale » :
| Substances |
Sources d'émission ou d'utilisation |
| Aldrine, dieldrine, chlordane, DDT/DDE, endrine, mirex, toxaphène |
Pesticides pouvant être utilisés dans les cultures de coton, riz, céréales, blé, maïs, pommes de terre, fruits, noix, ainsi que pour contrôler les termites, les fourmis et les moustiques. |
| Heptachlore |
Fongicide utilisé dans la culture du blé, de l'oignon, du sorgo. Sous-produit industriel. |
| Hexachlorobenzène (HCB) |
Sous-produit des manufactures de munitions, de pesticides et de solvants utilisés notamment pour le nettoyage du textile. Sert également de fongicide. |
| Biphényles polychlorés (BPC) |
Huiles synthétiques employées dans les transformateurs électriques, dans certaines peintures, pesticides et plastiques. Leur combustion peut libérer des dioxines et des furannes au cours d'un incendie ou lorsqu'ils sont éliminés. |
| Dioxines et furannes |
Sous-produits de nombreux procédés à base de chlore. Les incinérateurs de déchets solides, dangereux et médicaux sont parmi les plus grandes sources de dioxines et de furannes au Canada. |
Même si l'usage de plusieurs des pesticides visés par l'accord international est restreint ou banni au Canada, ces produits nous parviennent via l'alimentation, l'air ou l'eau.
Des études ont démontré que le lait maternel chez des Autochtones du Nord québécois présente des taux de chlordane, DDE, mirex, HCB et BPC de quatre à dix fois plus élevés que dans le lait maternel des Canadiennes du sud du pays.
Beaucoup reste à faire pour éliminer la production de POP
Le gouvernement du Québec n'a pas de politique de gestion des POP. De plus, il a récemment autorisé Métallurgie Magnola à construire une usine de magnésium. Cette usine émettra des BPC, des dioxines, des furannes et de l'hexachlorobenzène. Même si une commission d'enquête du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement a recommandé la modification des étapes du procédé de production de façon à éviter la formation de POP, cette solution n'a pas été retenue.
Quant au gouvernement canadien, le commissaire à l'environnement et au développement durable concluait, en 1999, que les problèmes repérés dans la gestion des substances toxiques au Canada « menacent la capacité du gouvernement fédéral de déceler, de comprendre et de prévenir les effets nuisibles des substances toxiques sur la santé des Canadiens ».
Or, selon la Commission mixte internationale et le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, il n'y a pas de seuil de concentration de ces substances qui puisse être acceptable ou sécuritaire pour l'être humain.
Un nombre de plus en plus important de personnes et d'organismes, dont plusieurs groupes de femmes, ont entrepris des démarches en vue de réduire ou d'éliminer les POP dans l'environnement.
Pour agir concrètement :
- évitez d'utiliser des pesticides (insecticides, herbicides et fongicides);
- achetez et offrez des fruits et des légumes de culture biologique;
- achetez des produits laitiers faibles en gras et de la viande maigre;
- respectez les consignes du Guide de consommation du poisson de pêche sportive en eau douce du Québec (accessible seulement par Internet) ou consultez la Direction régionale de santé publique de votre région;
- invitez votre municipalité à adopter un règlement interdisant l'usage de pesticides;
- évitez d'acheter des produits en plastique de PVC (polyvinyle chloré utilisé dans certains jouets, matériaux de construction, meubles de jardin) et de produits à base d'organochlorés (ex: filtres à café blanchis au chlore);
- exigez des ministres de la Santé et de l'Environnement qu'ils adoptent une réglementation stricte pour éliminer les POP au lieu de privilégier des mesures volontaires
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